Très cher Hannibal,
Cette période de fin d’année est propice à l’envoi de missives de toutes sortes. Que ce soit à ses proches, pour les tenir informés des vacances poudreuses que l’on passe, à Dieu pour lui demander que l’année prochaine soit meilleure que celle qui vient de s’écouler, ou (soyons fous) au Père Noël, pour lui demander nombre de cadeaux matériels inutiles, tout cela au prétexte qu’on a « été bien sage ».
Pour ce qui me concerne, c’est à toi, Hannibal, mon cher lecteur (mais aussi bien-sûr ma chère lectrice), que j’ai décidé d’écrire. Toi que j’ai tant délaissé ces derniers mois. Toi qui me fais l’insigne honneur de lire mes bêtises quand je prends le temps d’en publier.
C’est à toi que je pense, alors que comme tu le sais, le 31 Décembre approche à grands pas. Pour beaucoup, il s’agit de la fin de l’année. Ils n’ont pas tort. Mais je choisis de voir plus loin que ça. Ce 31 Décembre sera la fin d’une décennie. La décennie des années 2000.
Tu auras peut-être remarqué, cher Hannibal, que les derniers billets que j’ai pu commettre n’avaient que peu de rapport avec l’actualité directe de ton humble serviteur. La raison à cela est fort simple : mon actualité est proche du néant. Le rapport avec les années 2000 ? Eh bien c’est que cette décennie m’aura apporté de vrais moments de bonheur, mais beaucoup trop rares à mon sens, et surtout complètement dépassés par le nombre de moments, je dirais plus tristes (mais pas morbides, fort heureusement), surtout sur la fin.
Dans un peu plus de vingt-quatre heures, cela fera dix ans tout juste que j’ai eu ma première vraie déception amoureuse. Celle que je convoitais s’en est allée, les douze coups à peine sonnés, fêter la nouvelle année / décennie dans les bras d’un autre, sous mes yeux atterrés. Ça commence bien, me dis-je alors.
À mon grand dam, cela ne fit que continuer. Je te passerai les détails, mais si tu as déjà entendu parler de ce qu’on appelle la prépa, et des notes qu’on peut y attribuer aux innocents élèves (3/20 en moyenne), tu comprendras aisément que moi qui étais plutôt habitué à avoir entre dix et douze points de plus que ça et qui attachais à l’époque une (beaucoup trop) grande importance à mes résultats scolaires, je fus, comment dire, déprimé. La jeune personne que je rencontrai là-bas, avec qui je passai près de quatre ans (et dont, rétrospectivement je n’étais pas vraiment amoureux) ne me permettra pas de vraiment regagner confiance en moi.
J’ai donc fini par changer de voie, pour passer deux années enrichissantes dans la ville de Toulouse, qui me permirent de rencontrer ceux que je considère aujourd’hui comme des amis, mais pas de me faire une idée plus claire sur la vie que je voulais mener, notamment au niveau professionnel. C’est même plutôt le contraire, puisque les stages d’école de commerce (oui, c’est de ce type d’établissement qu’il s’agit) que j’ai pu effectuer m’ont tous déçus les uns après les autres, et que mon emploi actuel me confirme que la voie qui est la mienne aujourd’hui ne me convient absolument pas. Mais comme il faut bien gagner sa vie et que pour le moment, je n’ai aucune alternative concrète, je me résigne.
Au milieu de tout ça, j’ai eu la vraie joie (l’une des deux seules de cette décennie, j’évoquerai la seconde un peu plus bas) de passer un an dans un pays qui m’attire et que j’ai déjà pu évoquer en ces lignes, le fameux pays de l’Oncle Sam. Bloguistiquement parlant (non, ça n’existe pas, mais je fais ce que je veux !), ce fut probablement ma période la plus faste, avec de nombreuses anecdotes, et un bonheur qui transpirait certainement dans mes billets (lecteurs du premier jour, pourrez-vous confirmer ?).
Lorsque vint le temps de rentrer en Europe, je retrouvai le bonheur, pour la seconde fois donc, en la personne d’une charmante jeune femme, qui ne me lit certainement pas à présent, mais à qui je pense chaque jour, en particulier depuis ce 31… Janvier de cette année où elle m’a fait comprendre que nos chemins se sépareraient. S’en est suivie une année 2009 que je qualifierais d’Annus Horibilis, puisque je me suis retrouvé totalement déboussolé tant sur le plan personnel que professionnel.
Très cher Hannibal, je ne veux pas que tu aies le sentiment que je vais me jeter du haut d’un pont une fois les présentes lignes achevées. Je tiens même à te rassurer, j’ai pas mal de projets à plus ou moins court terme. Mon souci est que je me suis tellement laissé porter par les événements pendant ces fichues années 2000 que j’ai beaucoup d’idées, tant que je ne sais pas par où commencer, ce qui est extrêmement confusant (affreux anglicisme inexistant dans notre dialecte, mais je trouve qu’il tombe justement bien ici). Mais j’ai aussi besoin de coucher sur papier (même numérique) ce que j’ai sur le coeur (et encore, je te l’ai faite courte) et de te le faire lire. C’est ma façon de marquer concrètement une étape de mon existence. Une fin pour un nouveau départ.
Je suis bien évidemment conscient que me plaindre sur un sort qui n’est finalement pas si détestable que cela peut prêter à moquerie (je ne suis pas Somalien / Afghan / Irakien, ma famille ne s’est pas fait exécuter devant mes yeux, à titre d’exemple). Mais ce que je prends ici, c’est une sorte de bonne résolution (moi qui d’habitude exècre cela, pour la bonne raison que je ne tiens jamais mes « bonnes » résolutions). Je prends la résolution de mettre mes projets à exécution, certains dès les premiers mois de cette nouvelle année qui s’annonce. Si tu es encore là pour me lire, je ne manquerai pas de t’informer de ce qui peut m’arriver, histoire de rendre tout cela plus concret qu’un nuage de brume dans mon esprit malade.
Je me permets donc par la présente de souhaiter une excellente année 2010, mais également une grande décennie. Je te le souhaite à toi ainsi qu’à tous ceux qui te sont chers. Et pour tout te dire, je me le souhaite à moi aussi, parce qu’il n’y a pas de raisons.
Ainsi s’achèvent les années 2000. Bon débarras.